TATOUAGE ET RAPPEURS

7 04 2017

Du 3 au 5 mars, la Grande halle de la Villette (Paris) a accueilli la nouvelle édition du Mondial du tatouage. 30 000 visiteurs ont découvert le travail des plus grands tatoueurs, des expos, mais aussi des concerts, exclusivement rock et électro. Pourtant, s’il y a bien un style musical qui aime se prendre au jeu des aiguilles, c’est le rap. Revendicatif, identitaire, ou inspiré des gangs, le tatouage des rappeurs nous en révèle plus qu’on ne le pense.

« Thug Life » sur le torse de 2Pac, des larmes au coin de l’œil de Lil Wayne, un crâne sur la main de Seth Gueko, les tatouages font partie de la panoplie des rappeurs. Ils trouvent leur inspiration dans leur propre histoire, leur identité, mais révèlent des similitudes entre eux. Des similitudes qui les différencient des autres courants musicaux. « Dans l’univers du rap et du hip hop, c’est totalement différent. Je le vois au niveau des typographies, à l’époque du rock c’était très gothique. Aujourd’hui on est dans un lettrage beaucoup plus marqué de l’univers du graff, et des tags », explique à Urban Act’ magazine, le rappeur français Sinik, qui a récemment ouvert son propre salon de tatouage à Paris : Watch My Tattoo. Si l’encre et le rap ont mis du temps à avoir des atomes crochus en France, ce n’est pas le cas aux États-Unis.

 

Une culture américaine…

« Il y a de plus en plus de rappeurs français qui se font tatouer, mais il y en a peu qui le sont beaucoup. Les premiers qui me viennent à l’esprit sont Booba et Seth Gueko », constate Sinik. Contrairement aux rappeurs européens, les Américains sont plus nombreux à être tatoués. Les plus connus : Wiz Khalifa, Lil Wayne, 2Pac, Eminem, Soulja Boy, Kid Ink, Kevin Gates, Rick Ross, The Game, Waka Flocka, ou encore Tyga. Tous sont recouverts d’encre, certains ne laissant entrevoir que quelques morceaux de peau. D’autres vont jusqu’à superposer les dessins, ou utiliser le moindre espace pour en rajouter. « Dans le rap américain, le tatouage est plus courant. C’est dans leur culture, affirme Sinik. Leur niveau de tatouage fait partie des meilleurs du monde. Sur le câble, on voit toute sorte d’émission spécialisée, comme Miami Ink. Leurs artistes, leur mode de vie, leurs joueurs de basket ont également contribué à cette culture, c’est pour ça qu’aujourd’hui les Américains ont un temps d’avance sur nous. »

Selon Valérie Rolle, sociologue et auteure de l’ouvrage L’art de tatouer, le processus de redéfinition et de réhabilitation de la pratique du tatouage est parti de la côte Est des États-Unis dans les années 1980. « L’arrivée de diplômés d’écoles d’art dans la pratique, le développement d’espaces de rencontre, comme les conventions internationales de tatouage, la diffusion de nouvelles pratiques (sanitaires, iconographiques) et de nouveaux discours sur le tatouage comme forme d’expression de soi, dont la circulation via les magazines de tatouage, ont notamment contribué à la recomposition sociale de la pratique », précise-t-elle à Urban Act’ magazine. Loin d’être cantonné au continent américain, le processus s’est par la suite alimenté d’échanges entre tatoueurs s’organisant à une échelle internationale, dont certains sont localisés en Suisse, aux Pays-Bas ou en France, poursuit la sociologue.

L’univers des gangs américains a néanmoins fortement inspiré les tatouages des rappeurs. En dehors du lettrage, qui est tout simplement l’action de marquer avec des lettres, certains symboles sont récurrents dans le milieu du rap.

 

…inspirée des gangs

Dans un article publié sur le site américain Hot New Hip Hop, une journaliste détaille la signification des tatouages les plus courants chez les rappeurs en lien avec les gangs. Les crânes ou têtes de mort, par exemple, symboliseraient chez les gangters, un membre haut placé, mais il peut être représentatif, d’une façon plus morbide, d’un assassinat ou d’un acte criminel. Les rappeurs qui portent des crânes n’ont pas forcément commis un meurtre, mais le symbole pourrait renvoyer à une image négative, mortuaire, ou à une période sombre de leur vie. Waka Flocka, qui a recouvert son torse de tatouages, avec des têtes de mort notamment, avait confié au magazine Complex : « Il y a tout un tas de douleurs sur ma poitrine. Quand une personne la voit, elle peut ressentir ma douleur ». 2Pac s’était, lui, fait tatouer un crâne sur le biceps droit, surmonté de l’inscription « heartless », qui signifie cruel. En dessous, on peut y lire : « My only fear of death is coming back reincarnated », soit « Ma seule peur de la mort c’est la réincarnation ». Dans le rap français, Seth Gueko est notamment connu pour son bas du crâne tatoué sur la main gauche. « J’aime beaucoup la tête de mort, c’est en plein dans l’univers des tatouages. Je suis un loubard des temps modernes. Et la tête de mort se poursuit depuis les groupes de rock, comme Iron Maiden par exemple, a-t-il expliqué au site web Konbini. J’ai toujours aimé les films d’horreur, les squelettes, les Contes de la Crypte aussi. C’était une manière de se faire une tête de mort, discrète, pouvoir la poser sur le visage pour dire “trop parler peut tuer”, c’est une belle illustration de cette phrase-là. »

À l’instar de Lil Wayne, The Game, Birdman, Kevin Gates, Nessbeal, ou Seth Gueko – qui a fait une variante -, certains rappeurs exhibent une larme au coin de l’œil. Symbole par excellence du gangster, la larme peut signifier qu’il a commis un meurtre – le nombre de larmes représentant le nombre de victimes -, qu’il a perdu un membre de son entourage, ou qu’il a été emprisonné. « Tout le monde se fait tatouer une larme sous l’œil, la larme à l’œil, mais moi j’ai l’arme à l’œil avec un flingue sous la paupière », a déclaré Seth Gueko à Konbini.

D’autres ont opté pour des ailes d’ange. Selon Hot New Hip Hop, « dans la culture traditionnelle des gangs, elles signifient la “sublimité”. Elles peuvent aussi faire référence à l’ange Gabriel, qui est connu dans la religion pour être un messager de Dieu. En fin de compte, si un gangster possède ce tatouage, il montre qu’il n’a pas peur de la mort ». Wiz Khalifa, Lil Wayne, Chris Brown, ou encore Lil Romeo en arborent.

Il n’est pas rare de voir d’autres symboles de gangsters sur le corps des rappeurs, comme les armes, les couronnes, les croix, ou d’autres dessins relatifs à la religion. « Comme les rockers et les adeptes des musiques électroniques, les rappeurs se sont appropriés le tatouage pour sa valeur anti-conventionnelle. Cependant, l’iconographie privilégiée au sein de ces diverses musiques est différente. Dans le rap, c’est surtout le lettrage et les icônes religieuses, originellement inspirés des gangs latino-américains, qui prédominent, explique la sociologue, Valérie Rolle. Dans le rock, cela a plutôt été des symboles qui jouent avec les tabous de nos sociétés occidentales (la mort, le malin), alors que dans la techno, le tribal a davantage été préféré. Les motifs de tatouage choisis, pour individuels qu’ils soient, renvoient ainsi toujours à l’appartenance de groupes sociaux, qui revendiquent eux-mêmes des filiations faisant partie du récit identitaire que le groupe s’est construit. » S’il est inspiré par l’univers des gangs, le rappeur n’en reste pas moins un musicien.

 

La musique dans la peau

« Mon premier tatouage, je devais avoir 22 ans. Je l’ai fait à New York, à Brooklyn. C’est un gorille que j’ai là (épaule droite) avec écrit B2Zoo », a répondu Booba dans une interview accordée à Canal Street, en 2011. Pseudonyme, nom d’album, groupe, ou même label, l’un des premiers tatouages du rappeur fait référence à la musique. Il se fait graver son identité artistique pour ne former qu’un avec son identité personnelle. Sinik, par exemple, s’est fait tatouer son pseudo sur la main gauche, tandis que Rick Ross et Seth Gueko ont choisi les phalanges. « Y a toujours ce problème de la recherche de la symétrie pour les tatouages. Et Seth sur une main a plus tard emmené Guex sur l’autre, a indiqué le rappeur français à Konbini. J’aime aussi beaucoup le groupe Mobb Deep, qui m’a vachement inspiré, et ils avaient fait aussi “Mobb Deep” sur les doigts. J’avais envie de faire le mien, personne l’avait fait dans le rap français. »

The Game a préféré le cou pour apposer son blaze, tandis que d’autres ont choisi des zones moins visibles, du moins, une fois habillés. C’est le cas de 2Pac avec son pseudonyme sur le pectoral gauche ; de Wiz Khalifa, qui a marqué « Khalifa » sur le haut de son dos, mais aussi « Wiz Khalifa » sur le biceps droit ; d’Asap Rocky qui s’est fait tatouer « Asap » sur la partie droite de ses abdos ; de Waka Flocka qui a fait graver Waka Flocka Flame sur ses abdos, tout comme Soulja Boy qui a choisi la même zone pour son pseudo.

Si l’on connait un rappeur c’est aussi, et surtout, pour ses titres. Les litres d’encre qu’il utilise pour écrire des textes, et le temps qu’il passe à concrétiser un projet, font partie des étapes marquantes de sa carrière. Certains n’hésitent pas à immortaliser l’intitulé de leurs plus grands titres ou de leurs albums sur le corps. The Game s’est fait tatouer « Hate it or love it » sur le haut de la poitrine, un titre qu’il a interprété avec 50 Cent. Rappelons que le morceau a connu un tel succès, qu’il a reçu en 2006 le Grammy Award de la meilleure chanson rap. Le rappeur français Nessbeal a fait graver « BECT » sur le bras gauche, en référence à l’un de ses titres, mais aussi un crâne portant une couronne, sur sa main droite, accompagné du sigle « R.S.C » en référence à son album Roi Sans Couronne. On peut également évoquer Booba et Seth Gueko qui ont quasiment un tatouage pour chacun de leur album. Booba arbore ainsi un « 0.9 » sur les abdos, un lion ailé sur le coude en référence à la pochette de Nero Nemesis, ou un « OS » sur le cou pour Ouest Side. Sur les épaules de Seth Gueko, on peut lire un « Professeur punchline », sur le haut de sa poitrine un « Drive by en caravane », ou encore sur son dos un « Bad Cowboy ».

Pour d’autres encore, musique rime avec groupe ou label. Certains rappeurs se sont forgés une identité artistique autour d’autres personnes. Par le tatouage, ils s’affirment en tant qu’entité. Joey Starr a par exemple gravé « NTM » sur l’arrière de son crâne, le nom du célèbre duo qu’il a formé avec Kool Shen, et avec lequel il a lancé sa carrière. Eminem a choisi de se faire tatouer sur chacun de ses bras, « D » et « 12 », en référence au groupe D12, qu’il a fondé en 1996. 50 Cent arbore, lui, un « G-Unit » sur le bas du dos. Côté label, Booba s’est fait tatouer « 45 » sur le cou, en hommage au label indépendant 45 Scientific, qu’il a fondé en 1999 avec le rappeur Ali.

#45

A post shared by KOPP92i In üs we trust (@boobaofficial) on

On peut également évoquer Lil Wayne et son tatouage « Cash Money » sur le ventre : le nom du label de Birdman pour lequel il a travaillé. Mais aussi « YM » sur son cou : le logo de son propre label Young Money, qui n’est autre que la filiale de Cash Money. Le rappeur new-yorkais Diddy a inscrit « Bad Boy » sur son biceps droit, en référence au label qu’il a créé en 1993, et qui regroupait Notorious B.I.G. entre autres. Le rappeur français Nessbeal s’est, lui, fait tatouer « Verbal » et « Brolik » sur chacun de ses bras, en hommage au label qu’il a créé.

 

Appartenance territoriale

Qu’il représente un quartier, une ville ou un département, le territoire d’appartenance est sur tous les corps des rappeurs. Bien souvent lié à son enfance ou à ses origines, il peut être une simple rue, à l’instar de Lil Wayne qui s’est fait tatouer « Apple » et « Eagle » sur le ventre, le nom des deux rues (qui se croisent) de son enfance situées à la Nouvelle-Orléans. Ou tout simplement un quartier ou une ville d’origine. Lil Wayne semble par exemple très attaché à la Nouvelle-Orléans puisqu’il possède d’autres tatouages en référence à la ville : une fleur de lys (le symbole) sur le côté droit du visage ; le nombre 17, sur le côté gauche du visage et sur l’abdomen, qui représente le 17ème arrondissement (17th ward) de la Nouvelle-Orléans : son quartier d’enfance ; ou encore « 504 » sur son bras droit, qui est l’indicatif téléphonique local (area code) de la ville.

Drake, qui vient de Toronto (Canada), a également choisi de se faire tatouer l’indicatif régional de sa ville, le 416, sur le flanc droit. Mais aussi la CN Tower de Toronto sur son triceps gauche : une sorte d’antenne-relais aussi symbolique que la tour Eiffel ; ainsi qu’une rose des vents, sur le biceps gauche, avec la lettre E qui signifie East Side : la côte Est de Toronto, son quartier d’origine. The Game s’est fait tatouer sur l’abdomen « Compton », le nom de sa ville d’origine (comté de Los Angeles), ainsi que l’inscription « LA », sur le côté droit du visage, en référence à Los Angeles. Wiz Khalifa s’est fait marquer le nombre 412 sur la poitrine, qui correspond à l’indicatif régional de Pittsburgh, en Pennsylvanie, la ville de son enfance. Côté français, Sinik s’est fait tatouer sur le biceps gauche « Hautes Bergères », son quartier d’enfance situé dans la ville des Ulis, en Essonne. Seth Gueko a, lui, choisi un tatouage portant les inscriptions « SOA » en hommage à sa ville d’origine : Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise).

Il existe autant de sentiments d’appartenance à un territoire que de rappeurs. Mais en dehors du quartier ou de la ville d’origine, le département revêt toute son importance chez les Français. Sinik s’est fait tatouer « 91 » sur la main droite, en référence à l’Essonne. Nessbeal a choisi de se faire marquer « 94 » sur l’avant-bras gauche pour le Val-de-Marne, Booba s’est fait tatouer « 92 » sur le deltoïde gauche pour les Hauts-de-Seine, Seth Gueko a choisi d’inscrire un « 9 » et un « 5 » sur chaque pouce, ce qui donne le département du Val-d’Oise. Quant à Joey Starr, il a choisi de se faire tatouer sur le dos « 93 NTM » en référence à son département d’origine : la Seine-Saint-Denis.

 

Fresque identitaire

« Quand tu regardes mes tatouages tu comprends une bonne partie de ma vie : qui je suis, d’où je viens, ce que j’aime, ce que je représente, et ce dont je suis fier », analyse Sinik, qui s’est fait tatouer avant tout pour la symbolique. Sur son avant-bras droit par exemple : « Inès 3 mars 2009 », le prénom et la date de naissance de sa fille. Au-delà du côté esthétique, ou de l’image bad boy qu’il renvoie, le tatouage du rappeur symbolise une étape marquante de sa vie. Son corps devenant une véritable fresque identitaire.

« Depuis le processus de redéfinition du tatouage comme une forme d’expression individuelle de soi, se tatouer relève aussi bien d’une démarche personnelle (marqueur d’un passage de vie, qu’il s’agisse d’un souvenir heureux ou de la perte d’un être cher) qu’artistique (tatouage customisé, qualité graphique et technique), détaille la sociologue, Valérie Rolle. Cela signale l’existence d’une nouvelle norme autour de la pratique, à laquelle les rappeurs n’échappent pas. Tant que le tatouage exprime une histoire de vie et répond à certaines conventions esthétiques, il reste acceptable même si c’est toujours son aura rebelle qui motive les enthousiastes.»

Comme un second support pour ancrer ses paroles, le corps du rappeur tatoué en dévoile autant que ses textes. « Ça permet d’exprimer ses idées sans forcément les gueuler à voix haute, c’est revendicatif, souligne Sinik. C’est un peu comme mes chansons. Il y a des thèmes que je voulais absolument développer pour marquer le coup. Les tatouages c’est pareil, tu choisis un thème de ta vie et tu le graves quelque part.»

Une convention sur le tatouage et le rap ? Ce n’est pas encore l’un des thèmes de la vie de Sinik, mais il rêverait d’en créer une en France. « Il existe une culture hip hop qui ne sent pas forcément représentée par l’univers rock, qui était là bien avant nous, estime le rappeur. C’est à nous de se faire une place, peut-être en organisant nous-mêmes des événements avec des Dj et une ambiance hip hop. » Le rendez-vous est pris. – Nadia B.





‘DKR’, LE NOUVEAU CLIP DE BOOBA

17 11 2016

Booba vient de dévoiler le clip de DKR, en hommage à la ville de Dakar et du Sénégal, le pays d’origine de son père. Le titre pourrait, lui, faire partie de son prochain album, à suivre donc… – N.B. 

 

 





‘HERE’ : LE DERNIER TITRE DE CHRISTINE AND THE QUEENS AVEC… BOOBA

10 02 2016

Voilà une collaboration qui semble sortie de nulle part et qui à de quoi faire réagir la scène de la pop française, ainsi que celle du rap. La chanteuse pop Christine and the Queens, récompensée en tant qu’artiste interprète féminine de l’année en 2015 vient de surprendre son public en invitant le Duc à collaborer pour son dernier single Here, le tout accompagné d’un clip.

On y retrouve les deux artistes assis sur une voiture en pleine mer (presque comme Beyoncé dans son dernier clip Formation), plus précisément à Trouville-sur-Mer (14). La chanteuse entame le premier couplet, et n’hésite pas à passer du français à l’anglais, d’une ligne à l’autre, accompagné de quelques backs discrets de Booba en auto-tune. Vient ensuite le passage du rappeur, toujours cette attitude froide, Booba scrute son smartphone, mais les deux artistes ne se regardent pas. Un clip en plan-séquence, réalisé par Arthur King, le directeur artistique du média Konbini. – Aaron.

 





PNL OU LES PRÉCURSEURS DU CLOUD RAP FRANÇAIS

9 02 2016

Véritable phénomène auprès du jeune public, le groupe PNL a rapidement investi la scène rap française. Les deux membres, Ademo et N.O.S. manient un nouveau genre musical, le Sound cloud. Urban Act’ magazine vous propose de découvrir cet univers assez planant…

La première fois que l’acronyme PNL a été utilisé ce fut en 1972 par John Grinder professeur de linguistique et Richard Bandler, psychothérapeute et mathématicien. La PNL, ou Programmation neuro-linguistique est un ensemble de techniques de communication et de transformation de soi qui s’intéresse à nos réactions plutôt qu’aux origines de notre comportement. Le but final de la PNL étant de construire soi-même un modèle de réussite en observant, comprenant et développant des comportements permettant la réussite dans quelconque domaine. Mais depuis le début 2015, l’acronyme possède une nouvelle définition. PNL est désormais plus connu sous le nom de Peace & Lovés (Paix et billets). Il s’agit d’un groupe de rap français composé de Ademo et N.O.S, deux frères issus de Corbeil-Essonnes (91).

Le phénomène PNL 

C’est en mars 2015 que le groupe français se fait connaître grâce à leur premier EP Que La Famille (QLF). Un projet qui nous plonge directement dans leur univers. Suscitant un véritable intérêt, l’attente fut brève pour avoir le droit à un nouveau projet du groupe. En effet, sept mois plus tard, le 30 octobre, leur premier album Le Monde Chico est disponible, le titre se veut d’ailleurs être une référence explicite au film Scarface.

Cependant, il est difficile de retracer le parcours exact du groupe. En ce qui concerne N.O.S, on ne sait pas grand chose de son cheminement jusqu’à la création du groupe, mais son frère Ademo était déjà visible sur la scène rap, notamment aux côtés de Guizmo lors d’un freestyle, quand celui-ci faisait encore parti de l’Entourage. C’est entre 2011 et 2012, que N.O.S. et Ademo commencent à être connus sous le pseudonyme PNL. Il aura fallu attendre trois ans pour une notoriété à grande échelle. Relayé en masse sur les réseaux sociaux, on se demande donc qu’est-ce qui fait l’originalité de PNL, et comment se démarquent-ils de leurs homologues ?

 

● De la Trap au Cloud 

Même si d’autres s’y sont essayés, on peut dire que Kaaris a apporté la Trap « music » en France avec son album Or Noir (2013). La recette était simple, grosses instrumentales percutantes, un rap saccadé et une simplicité des lyrics. Suite à cela, tous s’y sont mis, de Lacrim à Booba, en passant par Alonzo, mais ce courant a aussi permis à de nouveaux rappeurs de se faire connaître, on pense notamment à Gradur ou bien Niska qui ont explosé les ventes cette année. Bien que la Trap se soit propagée comme un feu de forêt, on sait qu’il ne faut pas abuser des bonnes choses, et on ressent désormais une certaine lassitude à l’écoute de certains morceaux. Au final, on a l’impression d’entendre la même chanson partout.

Depuis toujours, les Américains ont influencé le style du rap français, ce qui ne veut pas dire pour autant que nous plagions constamment nos homologues. À l’instar de Kaaris, qui fut l’un des pionniers de la Trap française, PNL, eux, se sont très vite démarqués du courant en adoptant un style encore très peu connu pour certains, le Cloud Rap.

● Made in US

Mais alors, qu’est-ce que le Cloud ? D’après les rumeurs, tout partirait du rappeur californien Lil’ B. En effet, lors d’une interview, il aurait pointé un tableau du doigt ayant pour sujet un château dans le ciel entouré de nuages et aurait déclaré : « Je veux que ma musique ressemble à ça ! ». Pour une première définition, cela reste très flou et vague, et c’est exactement ce qu’est le Cloud rap ! À proprement parlé, il s’agit d’un rap beaucoup plus expérimental où l’on cherche à retranscrire une atmosphère très légère, planante.

Comme chaque nouvelle forme d’art émergente, il est difficile de définir précisément tous les critères qui l’entourent, mais il est toujours possible de regrouper les grands axes. Tout d’abord, le rythme de battement par minute (BPM) est très lent, entre 70 et 90, ainsi l’auditeur a le temps de faire attention à chaque élément sonore qui compose l’instrumental, les notes sont parfois rallongées, et certains bruits, étouffés. Pour vous donnez un aperçu, repensez à la manière dont vous entendez le son lorsque vous avez la tête sous l’eau. Voilà, la sonorité typique du Cloud est une sorte de plongée lointaine où nos sens sont brouillés. On ne sait pas vraiment où l’on va et ce que l’on cherche, mais l’on apprécie l’idée de se retrouver dans une sorte de cocon musical.

Tournons-nous désormais du côté des rappeurs. On peut remonter l’origine du Cloud vers les années 2000. Hélas, dans une époque où le Gangsta Rap était encore très en vogue (50 Cent, The Game, Jadakiss,… ) le cloud s’est fait discret, et même jusqu’à présent, il reste encore en marge du Rap « classique ». Ce qui ne signifie pas que personne n’en fait ! Les premiers noms que vous pouvez connaître sont Lil’ B ainsi qu’Asap Rocky, mais leurs styles varient tellement qu’il nous est donc impossible de les classer en tant que tête d’affiche du Cloud. Pour cela nous devons nous tourner vers des rappeurs dont le nom vous est probablement inconnu, et c’est bien normal. Comme nous l’avons évoqué plus haut, le Cloud se veut être un espace sans limite, sans codes, sans clivages, accessible à chacun, une sorte d’utopie musicale. Si à ce stade d’analyse vous vous sentez encore perdus, laissez-moi vous donnez les points cardinaux qui vous guideront à mieux comprendre où se situe le Cloud, ce château flottant dans le ciel.

On peut tout d’abord évoquer le rappeur Issue. Fils du grand E-40, Issue aurait pu suivre le schéma simpliste du « tel père, tel fils », et pourtant il n’en est rien. « Papa est un grand nom de la scène Old school ? Je vais fonder ma propre école ! », voilà ce qu’aurait pu penser Issue. Son univers est très onirique, une impression constante de vivre dans un rêve. Arborant souvent un masque dans ses clips, ses titres cherchent à évoquer le mystère tel que Don’t Pertube my Fly (Ne perturbe pas mon vol) ou Mask On The Moon (Masque sur la Lune). La simplicité mélangée au mystère, l’une des clés pour comprendre le Cloud.

 

Si l’on continue sur cet aspect mystérieux du Cloud, on se doit d’évoquer le nom de Bones. Bones est un rappeur âgé de 21 ans, originaire d’Howell dans le Michigan. Actif depuis 2011, il a participé à plus de 40 mixtapes et publié 70 clips. Si l’on se fit à son allure, on pourrait difficilement rattacher Bones à la scène rap, mais on sait qu’il ne faut pas juger les gens sur leurs apparences ! Adepte de l’aspect « rétro », Bones sait mettre en place un ensemble d’éléments qui nous rappelle l’époque des K7 vidéos, des anciennes consoles de jeux, et des clips tournés avec très peu de moyens. Un de ses titres phares s’intitule d’ailleurs Windows 95.

Bones est également connu et reconnu pour n’avoir jamais signé de contrat avec un label de musique, selon lui, il chercherait forcément à en faire l’image d’un « rappeur blanc », comme Macklemore, ou bien MGK. Mais alors qui peut bien écouter cet ovni musical ? Tout simplement le même genre de personne que représente Bones. Bien souvent, il s’agit d’une catégorie d’adolescents et de jeunes adultes cherchant encore à s’affirmer dans un monde de plus en plus complexe où tout s’accélère. La génération Internet. Une jeunesse parfois perdue, qui ne sait pas toujours ce qu’elle veut, mais sait ce qu’elle ne veut pas : être contrôlée et subir la violence du monde dans lequel nous vivons. En cela, bien que Bones ne se décrive pas lui-même comme un rappeur Cloud, il rejoint les thèmes aériens qui sont rattachés au style, on cherche à quitter le monde terrestre pour rejoindre ce château entouré de nuages.

 

● Le mystère PNL… 

Après avoir fait un détour par les États-Unis, revenons sur notre territoire, revenons à PNL. Car oui, en France, PNL est vraiment le premier groupe à avoir popularisé le Cloud. L’exploit qu’ils sont en train de créer est qu’ils se démarquent non seulement de la scène française, mais également de la scène américaine. Il s’agit en effet de la fusion parfaite entre l’univers Cloud (légèreté, flou, lenteur) avec le style généraliste du rap français (drogues, armes, histoires de cités). Ademo et N.O.S. sont capables de toucher tous les horizons. Selon les goûts des auditeurs, les uns porteront leurs attentions aux lyrics, d’autres à la construction de la production, légères touches de pianos, échos, chœurs avec utilisation du vocodeur.

Le site Rap2Tess partageait les clips de PNL en les décrivant comme « les héritiers spirituels de Lunatic. ». Un titre très flatteur n’est-ce pas ? Pourtant, il faut respecter le travail unique accompli des deux groupes, mais on peut effectivement retrouver de nombreux points communs. Premièrement l’aspect très terre-à-terre. Des paroles crues, du vécu et des références à des histoires « suspectes » que seuls PNL ont vécu. On se demande d’ailleurs quelle était la vie des deux frères avant cette notoriété… Un grand mystère entoure PNL. En effet, jusqu’à maintenant, ils n’ont jamais accordé d’interview à aucune radio ou aucun site, le groupe ira même jusqu’à refuser de passer sur Skyrock pour la promotion de leurs albums. Donc qui est, et que veut réellement PNL ? Il ne faut pas chercher très loin, les paroles parlent d’elles-même. En effet, dans Lion, un des derniers titres mis en ligne, Ademo conclut son couplet par « Moi j’fais pas d’feat’, oubliez. Si je pose ma voix sur l’instru c’est juste pour ramener un billet ».

● Validé par leurs pairs

Nous sommes face à deux frères ayant exactement la même mentalité. On se surprend même à les confondre à l’écoute des morceaux. Qui est N.O.S.? Qui est Ademo ? Alors qu’ils sont devenus un phénomène auprès du jeune public rap, d’autres rappeurs ont indiqué ce qu’ils pensaient du groupe, à l’instar de Booba. Eh oui, même assis sur le trône de son empire, le Duc continue de surveiller les nouveaux talents français. À propos de PNL, il déclare aux Inrocks : « Ce que j’aime c’est leur état d’esprit. Ce n’est pas la partouze. Ils ne font pas de feat’ avec tout le monde. Ils ne se mélangent pas, comme à l’époque où il y avait Secteur Ä et les grandes familles du Rap. Ils refusent les sollicitations médiatiques, ils n’ont pas été à Skyrock. Ils ont raison. Combien de fois je me suis fait baiser par les médias ?».

C’est donc loin de la presse que PNL évolue. En effet, Ademo et N.O.S. revendiquent fortement l’aspect de leur premier EP Q.L.F. Leurs clips sont à leur image. On retrouve souvent les deux frères en bas des tours entourés de leurs amis, mais pourtant PNL n’hésite pas à aller beaucoup plus loin pour les besoins de leurs clips. On a pu les voir en Islande pour la vidéo de Oh LaLa, mais également en Espagne sur le tournage de J’suis PNL, et enfin en Italie avec Le Monde Ou Rien.

 

Il semblerait que PNL ait apporté une nouvelle vague dans le milieu du Rap français. Même si le groupe prépare actuellement son second album, il est encore trop tôt pour prévoir s’il continuera à satisfaire pleinement sur les prochaines années. Mais il est certain qu’une nouvelle génération possède désormais une ouverture beaucoup plus vaste que le Rap classique qui a dominé la culture Hip-hop pendant tant d’années. Certes, depuis sa création il existait déjà plusieurs sous-genres de Rap comme le Rap hardcore, le Rap conscient, l’horrorcore, et bien d’autres. Mais ce qui marque la séparation, réside dans le fait que la musique Cloud est capable de créer une symbiose parfaite entre le Rap et d’autres genres de musique, comme si on avait enfin trouvé le « chaînon manquant » du Hip-hop. Les influences sont tellement diverses qu’on pourrait même définir le Cloud comme un style à part entière, une bulle confortable où le temps s’arrête, l’impression d’être en apesanteur, enfermé dans un cocon. On peut le dire, nous nous trouvons bel et bien dans ce château flottant, dans le ciel parmi les nuages. – Aaron.





LE NOUVEAU CLIP DE BOOBA : ‘4G’

18 12 2015

Deux semaines après avoir sorti son nouvel album Nero Nemesis, et le premier clip du projet : Génération Assassin, avec en guest Rockin’ Squat (Assassin), Booba vient de dévoiler un nouvel extrait visuel : celui de 4G. Pour la réalisation du clip, le rappeur a une nouvelle fois fait appel à Chris Macari.

 


 





GRADUR, LE CLIP : ‘TU CROIS QUE JE MENS’

9 11 2015

La planète rap français s’active en cette fin d’année. Cette fois, c’est au tour de Gradur de dévoiler son nouveau clip : Tu crois que je mens, extrait de sa prochaine mixtape ShegueyVara 2. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, le rappeur français a également publié la tracklist de son nouveau projet, dont la date de sortie est prévue pour le 27 novembre. On y retrouvera des featurings avec Alonzo, Lacrim, Niska, Soprano, Nekfeu, ou encore Booba. Ce dernier a d’ailleurs dévoilé que son prochain album Nero Nemesis sortirait le 4 décembre prochain. – N.B.

 

 

 

 





BOOBA, LE CLIP DE ‘VALIDÉE’

2 11 2015

Le 27 octobre, Booba a dévoilé le clip de son single à succès Validée, tourné en Colombie. Alors vous aussi vous validez la vidéo?