LES KINGS DU DANCEHALL : AMAD BANKS, LIL GBB ET RODRIGUE

21 06 2013

Dernièrement, a eu lieu un masterclass humanitaire de dancehall, au sein du Centre social et culturel de Lormont Génicart (33), organisé par l’association bordelaise Yuh Can Wine, qui vient en aide aux populations défavorisées. L’occasion pour les stagiaires d’apprendre des pas et des chorégraphies de cinq danseurs réputés venus pour l’occasion : Amad Banks (Dancehall king Europe), Lil Gbb (Dancehall king France), le Bordelais Rodrigue Dibakoro, Blaakow et Dafné.

La pratique du dancehall et de son univers sont en pleine expansion, à l’instar du premier camp 100% dancehall, qui fera son entrée fin juin à New York, en compagnie de Lil Gbb. Mais comment cette danse a-t-elle évolué en France? Pour le savoir, retour sur cette journée avec les principaux concernés : Amad Banks, Lil Gbb et Rodrigue Dibakoro.   

 

Pourquoi avez-vous accepté de participer à ce masterclass?
Amad Banks : Ça me tient vraiment à cœur, c’est un soutien et surtout une force pour les personnes en difficulté. C’est un bon geste, c’est la première fois que je participe à ce genre d’événement et pas la dernière.

Lil Gbb : Les stages caritatifs me touchent beaucoup, c’est une très bonne cause et j’ai du respect pour tout ce qui concerne l’humanitaire. Je suis moi-même le parrain de l’association Avvo, qui s’occupe des enfants orphelins et des veufs.

Rodrigue Dibakoro : Non seulement je connais très bien Nicolas, le président de l’association Yuh Can Wine, mais c’est aussi un service pour une cause noble.

 

Quel est votre programme aujourd’hui?
Amad Banks : Mon cours est basé sur des steps. C’est un cours évolutif où les élèves apprennent plusieurs choses. En un cours, je propose l’équivalent de trois cours. Il y a plusieurs styles mais je vais insister sur des pas oldies, qui sont souvent oubliés aujourd’hui.

Lil Gbb : Je vais essayer d’apporter l’ambiance, le côté festif avec notamment un mélange de styles et de steps.

Rodrigue Dibakoro : J’ai présenté le premier cours avec beaucoup de steps. J’ai essayé de faire en sorte qu’il y ait du ressenti et de la sensibilité.

 

Depuis combien de temps pratiquez-vous la danse?
Amad Banks : J’ai commencé par le hip hop à 12 ans. Ça fait 15 ans que je danse et cinq ans que je suis dans le dancehall. Aujourd’hui, je suis reconnu dans le milieu, en 2008 j’ai été élu Dancehall King Paris, en 2009 Dancehall King France et en 2010, Dancehall King Europe. Il n’y a pas de concours international, ça n’existe pas. Depuis que Bogle, la légende jamaïcaine du dancehall, est décédé (en 2005), il n’y a pas de concours, par respect envers lui.

Lil Gbb : Je n’ai jamais pris de cours de danse, mais j’ai toujours baigné dedans en écoutant les musiques africaine, antillaise, française et du Michael Jackson, je suis ouvert à toutes les cultures. J’ai vraiment commencé le dancehall au lycée, avec le groupe Why Dem Faya et je me suis fait remarqué à 16 ans, en 2007. Ça m’a permis de participer à la Star Academy, d’être sur la scène du Stade de France, j’ai fait toutes les salles de Paris sauf le Bataclan. L’année dernière j’ai été élu Dancehall King France et depuis je suis en pleine ascension.

Rodrigue Dibakoro : Ça fait plus de 10 ans que je danse, j’étais breakeur à la Smala (Bordeaux) et j’ai commencé le dancehall il y a trois ans.

 

Pourquoi le dancehall?
Amad Banks : Le dancehall c’est une autre rythmique, une autre écoute musicale, il y a plus de mouvements. Celui qui m’a donné envie de pratiquer cette danse, c’est Bogle, il est le premier à avoir apporté des steps.

Lil Gbb : J’écoutais beaucoup de musique, je regardais des films sur la danse urbaine comme Rise ou Street dancers, mais ce sont surtout les clips de Sean Paul qui m’ont influencés, ça me rappelait la chaleur, les caraïbes, l’ambiance.

Rodrigue Dibakoro : C’est arrivé comme ça, comme un déclic. Je viens du Sénégal et  je suis arrivé à Bordeaux en 2006, la danse et l’ambiance ont toujours fait partie de moi.

 

Comment le dancehall a-t-il évolué en France?
Amad Banks : Ça évolue énormément, au début c’était plus simple, plus basique mais aujourd’hui il y a des danses évolutives et des styles différents, ça évolue rapidement et ça échange beaucoup.

Lil Gbb : Ça a beaucoup évolué, au début des années 2000, il y avait trois groupes  français de dancehall : Blazin, Mash Up De Place et Why Dem Faya, c’est eux qui ont lancé le mouvement. Ensuite, il y a eu plusieurs écoles de danses qui proposaient des cours de dancehall. À Bordeaux, ça ne dansait pas mais maintenant ça évolue, j’espère que ça va continuer. Dans le milieu du dancehall, chacun a son style et tout le monde se respecte. C’est une communauté, les danseurs se connaissent, au moins de noms et ça ne se limite pas qu’à la France, mais au monde entier.

Rodrigue Dibakoro : Ça a énormément évolué en peu de temps, surtout depuis deux ans. Les Français ont toujours voulu se démarquer et être différents, ils ont leur propre style, mais il ne faut pas oublier d’où vient le dancehall.

 

Vivez-vous actuellement du dancehall?
Amad Banks : Non, moi je n’en vis pas.

Lil Gbb : Je vis de la danse mais pas du dancehall. Demain, si on venait à me proposer un contrat en hip hop ou ndombolo, j’accepterai, mais on va dire que c’est le dancehall que je mets en avant.

Rodrigue Dibakoro : J’essaye, car aujourd’hui il y a une explosion de concurrence. Pour l’instant, je donne des cours tous les jours à l’école bordelaise Rythmes & Cie.

 

 

 

Quels sont vos prochains objectifs? Vos projets personnels?
Amad Banks : Je vais aller à la source, en Jamaïque, pour me cultiver et mieux connaître le monde du dancehall. Je vais aussi donner des cours à l’étranger à travers une tournée, je passe par Londres, l’Allemagne, la Finlande, l’Espagne et la Belgique. Je suis reconnu depuis longtemps mais en chorégraphie je suis nouveau. Je suis également reconnu comme bashment, c’est-à-dire qu’en plus de la danse, c’est tout un mode de vie qui nous entoure. Par exemple, quand on va en soirée, on danse pour se défouler après une semaine chargée et chacun fait ses propres pas, c’est une sorte d’échange, il n’y a pas de battle.

Lil Gbb : Mon objectif c’est de voyager partout dans le monde et d’y donner des cours et mon rêve serait de décrocher un contrat, avec un artiste comme Rihanna et de le représenter au niveau dancehall. Je vais bientôt participer à une tournée aux États-Unis, je vais donner deux cours dans la meilleure école du monde : le Broadway Dance Center, à l’occasion du premier camp 100% dancehall de New York (Do Sumn), du 22 au 23 juin. Il y aura les danseuses de Sean Paul que j’admirais quand je commençais, c’est un truc de fou je n’en reviens toujours pas de côtoyer ces personnes!
Sinon, j’espère participer et obtenir de nouveau le titre de Dancehall King France, mais l’organisation n’est pas carrée, on ne sait jamais quand ça se peut se passer. Mais c’est plus une concrétisation et une reconnaissance, qu’un titre et dès qu’il y a une catégorie dancehall au Juste Debout j’y vais aussi! À la dernière édition, il y a eu un sondage pour savoir quelle nouvelle danse les spectateurs voulaient voir en compétition et le dancehall est arrivé premier, avec 600 voix en plus. Il y a une réelle demande de la part des Français.

Rodrigue Dibakoro : En tant que breakeur, je participe toujours à des concours. Le dancehall c’est autre chose, c’est un kif, un feeling, l’aspect battle ne m’intéresse pas. Je ramène quelque chose que quelqu’un ne fait pas, je suis entre les deux danses. Mon objectif c’est de continuer à transmettre ce que je fais, le dancehall a des racines jamaïcaines et africaines et il faut continuer à faire évoluer cette identité. À Bordeaux, le dancehall arrive doucement mais il faudrait faire plus d’événements, de marketing et de visuels. Sinon à l’avenir, j’aimerais créer ma propre école de danse.  – N.B.

 

En savoir plus :

 Site officiel Yuh Can Wine

 Amad Banks

 Lil Gbb

 Rodrigue Dibakoro


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13 03 2014
LA FINALE DU JUSTE DEBOUT 2014 | Urban Act'

[…] Cette année, le dancehall et le breakdance ont fait leur entrée au Juste Debout, l’événement international de danses dites "debout", et ce, grâce à un sondage réalisé auprès des spectateurs l’année dernière, qui souhaitaient voir ces danses, entrer en compétition. Lil Gbb, danseur de dancehall, nous en avait déjà fait part lors de son interview. […]

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